John Frederick William Herschel est une figure majeure de l’histoire des sciences du XIXe siècle. Né le 7 mars 1792 à Slough, en Angleterre, il est à la fois mathématicien, astronome, chimiste et photographe. Fils du célèbre astronome William Herschel, il poursuit les recherches de son père tout en développant ses propres travaux scientifiques.
Son nom est aujourd’hui particulièrement associé à l’astronomie, mais John Herschel a également joué un rôle important dans les débuts de la photographie. Il étudie les réactions chimiques provoquées par la lumière, cherche des moyens de rendre les images permanentes et participe à la mise en place du vocabulaire de la photographie naissante.
On lui doit notamment l’utilisation du thiosulfate de sodium comme fixateur photographique, le procédé du cyanotype et l’introduction des termes « photographie », « négatif » et « positif ».
John Herschel, un scientifique formé à Cambridge
John Herschel entre à l’université de Cambridge en 1809. Il y montre rapidement de grandes aptitudes pour les mathématiques. Ses premiers travaux scientifiques lui permettent d’intégrer la Royal Society alors qu’il est encore jeune.

Comme son père William Herschel, il s’intéresse particulièrement à l’observation du ciel. Mais son approche scientifique est plus large : il travaille également sur les mathématiques, la chimie, la physique et les propriétés de la lumière.
Cette polyvalence explique en partie son intérêt pour la photographie lorsqu’elle apparaît au début des années 1830. Pour Herschel, photographier ne consiste pas seulement à obtenir une image : il s’agit aussi de comprendre les réactions chimiques provoquées par la lumière et de trouver des procédés permettant de conserver durablement ces images.
John Herschel, un astronome majeur
L’astronomie occupe une place considérable dans la carrière de John Herschel. Avec James South, il entreprend notamment l’étude systématique des étoiles doubles. Leur travail leur vaut la médaille d’or de la Royal Astronomical Society en 1826.
Herschel poursuit ensuite ses observations à une échelle beaucoup plus importante. Entre 1834 et 1838, il séjourne au cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud, afin d’observer le ciel austral. Il y réalise un vaste travail de cartographie et de classification des étoiles, des amas stellaires et des nébuleuses.
Cette campagne d’observation permet notamment de compléter les connaissances astronomiques sur les régions du ciel qui ne sont pas facilement observables depuis l’Europe. John Herschel contribue également à l’utilisation systématique du jour julien dans les calculs astronomiques. Cette méthode facilite la comparaison des observations et le calcul des intervalles de temps entre différents événements astronomiques.
De l’astronomie à la photographie
La photographie naissante intéresse particulièrement Herschel parce qu’elle se situe au croisement de plusieurs de ses domaines de recherche : la lumière, la chimie et les mathématiques.
À partir de 1839, année où les procédés photographiques de Daguerre et de Talbot commencent à être largement connus, Herschel mène de nombreuses expériences sur les substances photosensibles.
Il cherche notamment à comprendre comment la lumière agit sur les sels d’argent et comment une image peut être conservée après son exposition. Ses recherches ne se limitent donc pas à la réalisation d’images. Elles portent également sur les réactions chimiques qui permettent de développer une photographie et surtout de la rendre permanente.

Le thiosulfate de sodium, un produit essentiel pour fixer les photographies
L’une des contributions les plus importantes de John Herschel à l’histoire de la photographie concerne le thiosulfate de sodium, longtemps appelé hyposulfite de soude ou « hypo » dans le langage photographique.
Dès 1819, Herschel étudie l’action du thiosulfate de sodium sur certains sels d’argent. Il constate que cette substance peut dissoudre les halogénures d’argent. Cette propriété devient particulièrement importante lorsque la photographie apparaît quelques décennies plus tard.
Après l’exposition d’un support photographique, une partie des sels d’argent reste sensible à la lumière. Si ces substances ne sont pas éliminées, l’image continue à se modifier et finit par être altérée.
Le thiosulfate de sodium permet justement de supprimer les sels d’argent encore photosensibles. Il devient ainsi un produit essentiel pour fixer les photographies.
Herschel fait connaître cette application en 1839 et transmet notamment cette information à William Henry Fox Talbot et à Louis Daguerre. Le « fixateur » devient alors une étape fondamentale des procédés photographiques argentiques.
Cette découverte est particulièrement importante dans l’histoire de la photographie : obtenir une image est une chose, mais parvenir à la conserver en est une autre.
John Herschel et les débuts de la photographie sur verre
Herschel expérimente également différents supports photographiques. En 1839, il réalise notamment une photographie sur verre.
Cette expérience est remarquable car le verre constitue un support beaucoup plus lisse que le papier et permet d’obtenir une surface photographique différente de celle des procédés sur papier.
Les recherches de Herschel témoignent de la diversité des expérimentations menées au cours des premières années de la photographie. À cette époque, les scientifiques cherchent encore les meilleures combinaisons entre support, substance photosensible, exposition et fixation.
Pourquoi John Herschel est-il important dans l’histoire de la photographie ?
Herschel n’est pas l’inventeur unique de la photographie. Les premières années de cette histoire sont marquées par plusieurs chercheurs et inventeurs, notamment Nicéphore Niépce, Louis Daguerre et William Henry Fox Talbot.
Son importance se situe plutôt dans plusieurs avancées fondamentales qui contribuent à rendre les procédés photographiques plus compréhensibles et plus durables.
Il intervient notamment dans :
- l’étude chimique des réactions produites par la lumière ;
- la fixation des images photographiques ;
- les expériences sur différents supports ;
- le développement du cyanotype ;
- l’étude des procédés positifs et négatifs ;
- la mise en place du vocabulaire photographique.
Son travail se situe donc à la frontière entre la science et la photographie.
John Herschel invente le cyanotype
En 1842, John Herschel met au point le cyanotype, un procédé photographique très différent des procédés à base de sels d’argent.
Le principe repose sur des composés du fer sensibles à la lumière. Le procédé permet d’obtenir une image caractéristique d’un bleu intense, connu sous le nom de bleu de Prusse.
Herschel publie ses recherches sur l’action de la lumière sur différents composés chimiques en 1842. Le procédé connaît ensuite une histoire particulière dans le domaine de la reproduction de documents et des arts photographiques.
Le cyanotype présente notamment l’avantage d’être relativement simple. Après exposition, le papier est lavé à l’eau, ce qui permet de faire apparaître l’image. Contrairement à de nombreux procédés photographiques contemporains, le traitement ne nécessite pas le même type de fixation aux sels d’argent.
Le procédé sera notamment utilisé par Anna Atkins, qui réalise des planches botaniques en cyanotype. Ses travaux montrent que la photographie peut devenir un outil particulièrement intéressant pour reproduire fidèlement les formes des plantes.
Le cyanotype, du laboratoire à la reproduction de documents
Le cyanotype ne reste pas seulement une curiosité scientifique. Sa simplicité et son caractère reproductible lui permettent de connaître une longue utilisation dans différents domaines. Il donnera notamment naissance à l’idée du « blueprint », procédé utilisé pour reproduire des plans et des dessins techniques.
La photographie de John Herschel ne se limite donc pas aux portraits ou aux paysages. Ses recherches contribuent également à une histoire plus large de la reproduction des images et des documents.
John Herschel et les mots « photographie », « négatif » et « positif »
John Herschel joue également un rôle dans le vocabulaire de la photographie. En 1839, il emploie et contribue à établir les termes anglais « photography », « negative » et « positive » pour désigner différents aspects des nouvelles techniques d’imagerie.
Ces mots vont progressivement s’imposer dans le vocabulaire scientifique et photographique. Le terme « photographie » signifie littéralement une image obtenue grâce à la lumière : photo, provenant du grec pour lumière, et graphie, associé à l’écriture ou à la représentation.
L’emploi des mots « négatif » et « positif » permet quant à lui de distinguer les différentes étapes d’un procédé photographique. Dans un négatif, les valeurs lumineuses sont inversées par rapport au sujet ; le positif restitue ensuite une représentation correspondant à l’apparence du sujet.
Cette terminologie reste profondément ancrée dans l’histoire de la photographie.
Un scientifique au croisement de plusieurs disciplines
Ce qui rend le parcours de John Herschel particulièrement intéressant est la diversité de ses recherches. Il est à la fois astronome, mathématicien, chimiste et observateur de la lumière. Ces domaines ne sont pas séparés dans son travail : les connaissances acquises dans l’un peuvent être utilisées dans un autre.
L’astronomie lui demande de comprendre la lumière provenant des étoiles. La chimie lui permet d’étudier les substances qui réagissent à cette lumière. La photographie devient alors un terrain d’expérimentation particulièrement naturel.
Cette approche explique pourquoi Herschel occupe une place particulière parmi les pionniers de la photographie.
John Herschel après ses recherches photographiques
La photographie ne constitue pourtant qu’une partie de l’œuvre scientifique de Herschel. Son travail astronomique reste considérable, notamment grâce à ses observations du ciel austral et à ses catalogues d’étoiles et de nébuleuses. Il continue également à participer à la vie scientifique britannique et à publier des travaux dans différents domaines.
John Herschel meurt le 11 mai 1871 à Collingwood, dans le Kent, après une vie consacrée à la recherche scientifique.
John Herschel dans l’histoire de la photographie
Lorsque l’on évoque les débuts de la photographie, les noms de Nicéphore Niépce, Louis Daguerre ou William Henry Fox Talbot viennent naturellement à l’esprit. John Herschel mérite pourtant une place importante dans cette histoire.
Son apport ne correspond pas à l’invention d’un appareil photographique unique destiné à s’imposer comme le procédé définitif. Il intervient plutôt sur plusieurs problèmes essentiels auxquels les premiers photographes et scientifiques sont confrontés.
- Comment fixer une image ?
- Comment empêcher les sels d’argent de continuer à réagir à la lumière ?
- Comment expérimenter avec de nouveaux supports ?
- Comment utiliser des substances différentes des sels d’argent ?
- Comment désigner les nouvelles images et leurs différentes formes ?
Les recherches de Herschel apportent des réponses à plusieurs de ces questions.
Son rôle dans l’histoire de la photographie est donc à la fois scientifique et pratique. Le fixateur au thiosulfate de sodium et le cyanotype constituent deux de ses contributions les plus durables, tandis que son vocabulaire photographique continue d’être utilisé bien au-delà du XIXe siècle.
Les autres pionniers de la photographie
John Herschel appartient à une génération de scientifiques et d’inventeurs qui ont participé à la naissance de la photographie.
Parmi eux, Nicéphore Niépce occupe une place essentielle avec ses recherches sur l’héliographie et les premières images photographiques conservées.
Louis Daguerre développe ensuite le daguerréotype, procédé qui connaît un succès considérable à partir de 1839.
William Henry Fox Talbot travaille parallèlement sur la photographie sur papier et développe le calotype, qui permet d’obtenir des positifs multiples à partir d’un négatif.
Hippolyte Bayard expérimente quant à lui un procédé permettant d’obtenir directement des images positives sur papier.
Ces différents travaux montrent que la photographie est le résultat de recherches menées simultanément dans plusieurs pays et par plusieurs scientifiques. John Herschel occupe une place particulière dans cette histoire grâce à ses recherches sur la chimie photographique, le fixage et le cyanotype.
John Herschel, un nom incontournable pour comprendre les débuts de la photographie
John Herschel est donc bien davantage qu’un astronome. Ses observations astronomiques ont contribué à améliorer la connaissance du ciel, tandis que ses recherches chimiques ont participé aux progrès de la photographie.
La découverte du rôle du thiosulfate de sodium comme fixateur, ses expériences sur les supports photographiques, la mise au point du cyanotype et son rôle dans l’adoption du vocabulaire photographique font de lui l’un des scientifiques importants des débuts de la photographie.
Son parcours montre surtout que l’histoire de la photographie est intimement liée à celle de la science. Avant de devenir un moyen courant de conserver des souvenirs, de documenter le monde ou de créer des œuvres artistiques, la photographie a été un formidable terrain d’expérimentation pour les scientifiques du XIXe siècle.
